« L’art russe s’est préservé de bien des déceptions et des humiliations en se séparant de l’histoire générale de l’art européen. Les historiens européens n’étudiaient presque pas notre art, tandis que les historiens russes consacraient à la création nationale des ouvrages distincts, en lui appliquant une mesure bien plus réduite que celle qui servait à juger l’art mondial… Nous regardions tout dans notre création comme à travers une loupe et placions tout sur des échasses… Chaque époque comprend à sa manière les devoirs et les exigences de l’honneur. Il était peut-être encore récemment nécessaire et digne de se tromper soi-même et de tromper les autres, de feindre la joie là où nous n’étions en réalité qu’indifférents, et d’admirer outre mesure ce qui n’était en vérité que médiocre… Cessons enfin de considérer l’art russe comme séparé du mouvement général de l’art mondial. Reconnaissons-le comme un membre à part entière de la culture universelle et acceptons tous les devoirs et tous les droits qu’entraîne cette reconnaissance… »
Vsevolod Dmitriev. Revue Apollon, nos 4–5, Saint-Pétersbourg, 1917.